L'Association pour la recherche sur la sclérose latérale amyotrophique (ARS) vient de créer un site Internet destiné à aider les malades et leurs proches. En France actuellement, 6000 personnes sont atteintes de SLA. Cette pathologie provoque la perte des cellules nerveuses permettant de contrôler la motricité. Il n'existe pas de traitements, mais des médicaments ralentissent sa progression. Dix-sept fiches d'informations pratiques pour les soignants sont disponibles sur le site de l’association. Pour Emmanuel Hirsch, président de l'ARS, "la priorité est vraiment d'améliorer la qualité de vie des personnes en essayant de les rendre le plus autonomes possible".
17.6.08
13.6.08
Nouvelle revue sur Alzheimer
Le groupe Impact Médecine a confié au professeur Bruno Dubois (Inserm U610 à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris) la fonction de rédacteur en chef d'une nouvelle revue baptisée Abstract Alzheimer. Des experts de différentes disciplines composeront le comité éditorial de cette revue. La maladie d'Alzheimer concerne en effet des spécialités tr!s différentes : les gériatres, les neurologues, les psychiatres, les biologistes, les généralistes, des acteurs paramédicaux ou sociaux, mais aussi bien des philosophes, des sociologues, et des économistes. Un site Internet est à la disposition de ceux qui souhaitent recevoir les prochains numéros : www.abstract-alzheimer.fr
Peur et attention chez les enfants de trois mois
Une nouvelle étude vient de se pencher sur la manière dont les enfants âgés de trois mois seulement analysent les expressions des adultes face à de nouveaux objets de leur environnement. En l’occurrence, les adultes regardaient ces objets avec une attitude neutre ou une attitude effrayée, pendant que le comportement et l’activité électrique cérébrale des enfants étaient observés. Résultat : les enfants prêtent une attention plus soutenue aux objets éveillant la peur de leurs parents et l’indice qui les incite à le faire est d’abord l’observation des émotions faciales de l’adulte. Notre cerveau semble donc très précocement câblé pour interpréter le sens des interactions entre personnes dans les relations à l’environnement.
(Source : Plos ONE)
12.6.08
Mémoire, esprit et évolution
Dans une intéressante interview au New Scientist, le psychologue Gary Marcus revient sur quelques idées fausses concernant l'évolution et l'esprit. Notamment l'idée que notre cerveau représente un pinacle de cette évolution et est devenu grâce à elle un outil optimal. D'abord, l'évolution s'est déroulée dans un environnement adaptatif (paléolithique) n'ayant rien à voir avec le nôtre, celui de petits groupes cherchant à manger. Certains de nos traits psychologiques sont donc décalés ou inadaptés par rapport à notre époque et à ses exigences particulières. Ensuite, l'évolution bricole avec ce qu'elle a sous la main, et non selon le dessein ou le plan d'un état futur idéal. D'où l'erreur consistant à penser que "ce qui est" signifie "ce qui est le mieux (ou le plus apte)", alors que cela signifie plus modestement ce qui était le plus apte à un moment donné parmi les choix possibles (et restreints) d'aptitude.
La mémoire humaine, note par exemple Marcus, est très mal organisée : "Nous ne sortons les choses de notre mémoire qu'en fonction du contexte, ou des indices, qui évoque ce que nous cherchons". Mais cela signifie aussi que bien d'autres choses qui auraient été utiles à éclairer ce contexte restent enfouies. De manière générale, la rationalité humaine a été surestimée. "Les économistes font cette erreur, note Marcus. Ils présument que les humains sont rationnels, mais ils ne le sont pas nécessairement. Et je pense que les gens surestiment presque toujours leurs propres capacités. Ils surestiment la qualité de leur mémoire et la précision avec laquelle ils raisonnent. Cela contribue à la polarisation politique, par exemple, où chacun est convaincu qu'il connaît la vérité et personne d'autre. Je ne crois pas que c'est une bonne chose pour l'espèce".
Conaissances, valeurs et choix face à l'innovation scientifique
Dans un article récent de l’International Journal of Public Opinion Research, trois chercheurs ont analysé les données d’une enquête nationale menée aux Etats-Unis sur l’attitude envers les cellules souches embryonnaires humaines, entre 2002 et 2005. Ils ont voulu tester l’hypothèse selon laquelle le degré de connaissance scientifique permet de prédire le degré de soutien à la recherche scientifique dans les domaines où celle-ci est controversée. En fait, il n’en est rien : la connaissance scientifique est secondaire dans les choix des individus, qui sont d’abord dictés par leur religiosité, leur idéologie ou leur déférence à l’égard de la science. Dans l’opinion, les croyances prennent donc le pas sur les connaissances, la rationalité n’est pas opposable comme telle aux valeurs et aux attitudes.
Hommes, singes et symboles
Nous admirons des peintures, nous utilisons de la monnaie, nous faisons des additions et des multiplications… nous sommes une espèce symbolique. Cette capacité à apprécier et comprendre des symboles est-elle propre aux Homo sapiens ou existe-t-elle chez d’autres espèces ? On a déjà entraîné des primates non humains (chimpanzés) à utiliser des lexigrammes pour communiquer avec leur voisinage humain. Mais qu’en est-il des singes plus éloignés de nous sur le rameau de l’évolution ? Une équipe de chercheurs italiens menée par Elsa Addessi vient de répondre à cette question chez les apelles ou sajous (Cebus apella), très proches cousins des capucins (C. capucinus) dont l’ancêtre commun avec l’homme a vécu voici 35 millions d’années.
Les chercheurs ont analysé les préférences des sajous sur les aliments, par exemple s’ils préféraient un bol de céréales à un morceau de fromage. Les singes se voyaient proposer ces aliments par paires, avec des quantités variables de chacun (1, 2, 4). Ensuite, les sajous ont été entraînés à associer des jetons avec chaque type de nourriture. Le but des chercheurs était de savoir si les choix des animaux vérifiaient le principe de transitivité, un élément de base de la décision rationnelle (si A≥B et B≥C, alors A≥C ou ≥ indique une préférence). Résultat : qualitativement, lorsque les animaux ont utilisé des jetons pour exprimer leur désir (au lieu de désigner l’aliment), ils ont respecté leurs goûts habituels et leur jugement était transitif. En revanche, quantitativement, les valeurs exprimées à travers les jetons divergeaient systématiquement des valeurs choisies face à la nourriture réelle. Par exemple, si un bol de céréales valait deux morceaux de fromages, un jeton pour les céréales valait plutôt quatre jetons pour le fromage.
Les singes assez éloignés de l’homme sont donc capables de raisonner dans un contexte symbolique comme dans un contexte réel, mais le calcul simultané sur les équivalents concrets en quantité de la représentation abstraite semble une épreuve cognitive trop complexe. On notera que les sajous ne diffèrent pas sur ce point des jeunes enfants humains, chez qui cette capacité se développe surtout après la troisième année.
(Source : PlosONE)
Sentir, cela s’apprend
On connaît les gènes encodant pour les récepteurs des odeurs, mais on n’avait pas analysé si leurs variations influencent de manière décisive la manière dont nous sentons le monde. Dans cette étude, 856 paires de jumeaux (dont 83 monozygotes) d’origine australienne, danoise et finlandaise ont jugé l’intensité et le caractère plaisant ou déplaisant de cinq odeurs différentes. Résultat : l’héritabilité est modérée (18 %), l’essentiel des différences entre individus provenant de leurs environnements non partagés. L’exposition aux odeurs et la plasticité olfactive semblent donc guider notre flair.
(Source : Behavior Genetics)
4.6.08
Cannabis : mauvais pour la mémoire et les émotions
Bien que son usage se soit répandu dans les jeunes générations, le cannabis n’est pas une drogue si douce que cela. L’équipe de Murat Yücel (Université de Melbourne, Australie) vient en effet d’analyser en imagerie cérébrale le cerveau de 15 fumeurs réguliers (au moins 5 joints par jour pendant 10 ans) en le comparant à celui de 10 sujets non fumeurs d’âge comparable. Résultat : l’amygdale a un volume réduit de 7,1 % en moyenne, l’hippocampe de 12 %. La première région est impliquée dans les émotions primaires comme la peur, la seconde dans les émotions également, ainsi que la mémoire. Les tests cognitifs de mémoire confirment les déficits en ce domaine : les fumeurs réguliers, d’âge moyen de 39 ans, ont des performances comparables à celles des sujets de 55 ou 60 ans.
(Source : New Scientist)
29.5.08
Sans libre-arbitre, serions-nous des tricheurs?
Dans un sondage très large mené en 1998 dans 36 pays, il ressortait que 70 % des individus approuvaient massivement l’assertion : mon destin est entre mes mains (International Social Survey Programme, 1998). La croyance au libre-arbitre est la chose la plus répandue du monde, au moins dans nos sociétés occidentales ou modernes. Mais d’un autre côté, les avancées de la génétique et des neurosciences remettent régulièrement en question sinon l’existence, du moins la portée de ce libre-arbitre. Un grand nombre des actes individuels sont déterminés par des penchants ou des mécanismes n’accédant pas à la conscience de l’agent. La vie consciente n’est qu’une petite partie de la vie mentale : notre cerveau évalue en permanence notre environnement, mais sans nous en tenir informé. Et l’évolution nous a légué certaines dispositions à adopter des préjugés.
Kathleen D. Vohs et Jonathan W. Schooler ont examiné si le degré de croyance dans notre libre-arbitre affecte la moralité de nos comportements. 122 participants (dont 46 femmes) ont participé à deux types d’expérience. Dans l’une, un ordinateur truqué donnait par erreur la réponse à un test arithmétique que les sujets étaient censés réussir tout seul. Ils pouvaient supprimer ce biais en appuyant sur une touche, et leur choix était enregistré à leur insu. Dans l’autre, les participants devaient remplir une quinzaine de tests cognitifs et se voyaient rétribués de 1 $ à chaque test réussi. Mais la surveillante prétextait un dérangement lors du test, laissait les individus corriger eux-mêmes leurs réponses à la fin de l’examen et se contentait de leur demander la somme de réponses exactes, donc la somme à verser.
Pour chacune de ces expériences, les individus avaient été conditionnés auparavant. Dans la première, les uns lisaient des passages d’un livre de Francis Crick (The Astonishing Hypothesis) tantôt dirigés contre l’existence du libre-arbitre, tantôt neutres sur la conscience. Dans la seconde expérience, trois groupes étaient constitués et devaient lire une série de phrases en y réfléchissant une minute : il s'agissait soit de propositions minimisant l’importance ou l’existence du libre-arbitre, soit de propositions valorisant au contraire ce même libre-arbitre, soit enfin des phrases neutres (groupe de contrôle).
Résultat : les deux psychologues ont trouvé un biais significatif vers la tricherie chez les groupes conditionnés à nier ou minimiser le libre-arbitre, par rapport au groupe ayant subi l’influence contraire ou au groupe de contrôle. « Le fait qu’une exposition brève à des messages affirmant que le libre-arbitre n’existe pas puisse accroître la tricherie passive ou active implique que populariser une vision du monde déterministe pourrait saper le comportement moral ».
(Source : Psychological Science)
28.5.08
Vers une prise en compte du stress au travail
Le stress professionnel est une réalité massive, qui a des répercussions sur la santé. Patrick Légeron est psychiatre et co-auteur rapport sur le stress au travail qui a été remis à Xavier Bertrand, ministre du Travail, le 12 mars dernier. Dans un entretien accordé à Panorama du Médecin, il rappelle que « 20 % à 30 % des travailleurs salariés et indépendants sont exposés à des niveaux de stress trop élevés ». Le rapport dont il est cosignataire préconise la création d'un diagnostic scientifique de la situation réelle des employés, sous forme d'indicateurs nationaux. Patrick Légeron défend aussi l’idée d' « autopsie psychologique des suicides, dont la définition a été récemment fixée par une expertise collective de l'Inserm ».
(Source : Panorama du Médecin)
24.5.08
Demain les neurostimulants ?
A la demande du gouvernement anglais, l’Académie des sciences médicales a rassemblé un panel d’experts pour produire un rapport sur l’impact actuel et futur des substances psychotropes issues des neurosciences. Un long chapitre fait le point sur les « dopants cognitifs », des médications développées pour cibler des maladies précises (par exemple Alzheimer ou trouble de déficit de l’attention et hyperactivité), mais parfois détournées de leur usage par des sujets sains. 27 substances (compléments ou médicaments) ont été identifiées sur le marché anglais. Le rapport fait aussi le point sur les travaux de recherche en cours concernant les agents glutaminergerique (le glutamate est un excitateur neuronal), anti-GABAergique (le GABA est un inhibiteur), les cannabinoïdes, les agents CREB (une protéine impliquée dans la mémoire).
Référence : Academy of Medical Sciences (2008), Brain science addiction and drugs, London, 220 p. Le rapport peut être téléchargé ici.
22.5.08
Alcool et mémoire : liaisons dangereuses
On considérait jusqu'à présent que l'alcoolisation chronique ne présentait d'effet toxique sur la mémoire que dans le cadre d'un syndrome amnésique sévère, dit syndrome de Korsakoff. Ce syndrome, particulièrement handicapant, ne touche heureusement qu'une faible proportion de patients alcooliques et survient principalement en cas d'association avec une importante carence en une vitamine, la thiamine.
Les travaux dirigés par Anne-Lise Pitel, psychologue et doctorante au sein de l'unité Inserm de Francis Eustache, visaient à détailler précisément les déficits de la mémoire de ces patients atteints du syndrome de Korsakoff. Divers tests ont été menés chez un groupe de patients alcooliques Korsakoff, un groupe de patients alcooliques non Korsakoff et un groupe témoin non alcoolique. Les chercheurs ont par exemple proposé à chaque sujet des 3 groupes l'apprentissage de 6 mots présentés à 6 endroits et 6 moments différents. A la fin de la journée, les sujets devaient se souvenir du maximum de mots possible ainsi que des moments et lieux où ils avaient été présentés. Ces épreuves neuropsychologiques avaient notamment pour but d'évaluer les capacités des sujets à enregistrer puis récupérer les informations et leur contexte spatial et temporel d`encodage.
Contre toute attente, les résultats ont montré que les patients alcooliques, qu'ils présentent un syndrome de Korsakoff ou non, ont des troubles similaires de la mémoire, à différents degrés. Il s'agit à la fois de perturbations de la mémoire épisodique (celle qui permet de se remémorer des événements, de se projeter dans l'avenir) et de la mémoire de travail (qui permet, par exemple, de se souvenir d'un numéro de téléphone juste après l'avoir regardé). Une première dans l'étude des troubles de la mémoire chez les patients alcooliques. La seule différence observée chez les patients Korsakoff est un déficit plus sévère de la mémoire épisodique. Toutefois, chez les patients alcooliques non-Korsakoff, les déficits les plus sévères de la mémoire épisodique correspondent à ceux des patients Korsakoff aux troubles les moins sévères. Cette étude montre donc que même les patients alcooliques non atteints par le syndrome de Korsakoff présentent des troubles plus ou moins sévères des différentes composantes de la mémoire.
"A la lumière de ces résultats, il apparaît essentiel de réexaminer la théorie de la continuité des effets de l'alcool sur la cognition, proposée au début des années 70, puis abandonnée." explique Anne-Lise Pitel. "Nos travaux suggèrent aujourd'hui qu'il existe bien une progression régulière des atteintes mnésiques des patients alcooliques, mais indépendante des modalités de consommation d'alcool (quantité, durée, âge de début...). Le degré d'atteinte est probablement lié à une susceptibilité individuelle, peut-être génétiquement déterminée, aux effets de l'alcool sur le cerveau."
Sachant qu'en France deux millions de personnes sont alcoolo-dépendantes, et qu'actuellement lors des sevrages on ne prend pas nécessairement en compte les troubles cognitifs des patients s'ils ne sont pas touchés par le syndrome de Korsakoff, les chercheurs estiment indispensable la mise en place d'une évaluation neuropsychologique systématique des patients alcooliques. Le dépistage de ces troubles permettrait d'améliorer les prises en charge, et d'éviter l'évolution vers l'amnésie ; d'autant qu'il existe des traitements préventifs contre le syndrome.
(Source : Inserm)
Comment notre cerveau devient accro
Les drogues telles que la cocaïne ou la morphine, qui induisent une dépendance, exercent leurs effets addictifs en détournant le circuit cérébral dit « de la récompense », dont la dopamine est un acteur majeur. La libération de dopamine dans le cerveau est en effet provoquée directement par la consommation de telles substances. Ce « signal dopamine » est alors interprété à tort par le cerveau comme ayant une valeur positive de récompense. En effet, normalement, la libération de dopamine est observée, lors de stimuli annonçant une récompense naturelle, comme la consommation de nourriture appétissante. La dopamine permet le fonctionnement normal de certaines régions du cerveau (le striatum). Elle facilite l'apprentissage de mouvements et joue un rôle dans la motivation. Ainsi, l'augmentation artificielle des taux de dopamine consécutive à la consommation d'une drogue, entraîne une stimulation chimique directe du circuit de la récompense. Cette hyperstimulation participe au besoin sans cesse accru, et irrépressible chez les sujets dépendants, de reproduire les conduites ayant amené à la prise de drogue.
Jean-Antoine Girault, Directeur de l'Institut du Fer-à-Moulin (U839), centre de recherche de l'Inserm et de l'Université Pierre- et Marie-Curie, et ses collaborateurs viennent de mettre au jour un nouveau mécanisme moléculaire qui explique l'influence, sur le cerveau, de substances telles que la cocaïne.
Dans les travaux publiés dans Nature, les chercheurs apportent probablement une partie de la réponse. Ils mettent en effet en évidence une nouvelle voie de signalisation impliquant plusieurs enzymes spécifiques, des protéines phosphatases, activée par la dopamine et aboutissant à une modification de la chromatine, ce matériel génétique présent dans le noyau des neurones. Ils montrent en particulier que, dans une région du cerveau appelée striatum, une protéine, la DARPP-32 s'accumule dans le noyau des neurones lorsqu'une souris reçoit une injection de cocaïne, d'amphétamine, ou de morphine. Les chercheurs observent ensuite que, lorsque la séquence d'acides aminés qui compose la protéine DARPP-32 est mutée sur un seul acide aminé, les souris sont moins sensibles aux drogues. De plus, les auteurs montrent que cette protéine n'est pas uniquement mise en jeu par des drogues, mais intervient aussi dans l'apprentissage d'un geste très simple, qui consiste, pour la souris, à mettre son museau dans un petit trou pour obtenir un peu de nourriture. Cet apprentissage suffit en effet à entrainer l'accumulation de DARPP-32 dans le noyau des neurones du striatum. Et, de la même manière, la mutation ponctuelle de la protéine DARPP-32 diminue la motivation pour obtenir de la nourriture après un tel apprentissage.
Ces résultats suggèrent des approches de recherche nouvelles dans le domaine du traitement de la dépendance aux drogues, et de certaines maladies mentales, pour lesquelles la dopamine est soupçonnée de jouer un rôle. Cette connaissance plus fine des mécanismes d'action de la dopamine au niveau moléculaire vise aussi à améliorer le traitement de la maladie de Parkinson, dans laquelle le rôle de la dopamine est central.
(Source : Inserm)
19.5.08
Plus d'oméga 3, moins de dépression chez les seniors ?
L'équilibre nutritionnel semble une condition du bien-vieillir. Des chercheurs de l'lnserm, dirigés par Pascale Barberger-Gateau, viennent de montrer qu'un taux sanguin élevé d'un acide gras oméga 3 à longue chaîne appelé EPA (acide eicosapentaénoïque) est associé à une moindre fréquence des symptômes dépressifs chez les personnes âgées. Cette étude a inclus plus de 1300 personnes. Les acides gras oméga 3 à longue chaîne sont essentiels car l'organisme ne sait les fabriquer qu'en quantité limitée à partir de leurs précurseurs apportés par les huiles végétales (huile de colza, noix et soja). Ils sont présents en grande quantité dans les poissons gras (saumon, thon, maquereau, sardine...).
Les symptômes dépressifs sont communément observés chez les personnes âgées et certains facteurs nutritionnels ont été proposés comme des déterminants protecteurs potentiels de ces symptômes. Parmi les personnes suivies à Bordeaux dans le cadre de la cohorte des 3 Cités, 1390 individus âgés en moyenne de 75 ans ont accepté de se soumettre à une prise de sang. Des chercheurs de l'unité Inserm 876 ont mesuré pour chacun d'entre eux le profil en 12 acides gras dans le plasma. Puis des questionnaires, menés par des psychologues, ont eu pour but d'identifier l'existence d'antécédents dépressifs et leur degré de sévérité.
Au vu des résultats, un acide gras oméga 3 particulier a retenu l'attention des chercheurs : l'EPA ou acide eicosapentaénoïque. Celui-ci est, en effet, présent en plus faible concentration chez les individus souffrant de dépression alors que des taux élevés sont retrouvés pour les volontaires sans aucun problème dépressif. En d'autres termes, de forts taux d'EPA semblent associés à une moindre fréquence des symptômes dépressifs. De plus, dans le groupe de personnes suivant un traitement antidépresseur, une teneur sanguine élevée d'EPA est inversement proportionnelle à la sévérité des symptômes dépressifs. De fort taux d'EPA semblent donc aussi être associés à une moindre sévérité de ces symptômes chez les personnes âgées.
Maintenant que cette association a été mise en lumière, les chercheurs souhaitent poursuivre leurs analyses par des études longitudinales. En parallèle, ils étudieront l'influence de l'alimentation sur le déclin cognitif. A long terme, ces résultats pourraient contribuer à retarder le vieillissement cérébral pathologique en édictant des recommandations nutritionnelles adaptées aux personnes âgées, associées à la conception de produits agro-alimentaires ou de compléments nutritionnels adaptés.
(Source : Inserm)
Les bases innées de la musique
Les aptitudes musicales comptent parmi les plus étonnantes et les plus répandues des capacités humaines, mais on en sait encore très peu sur leur base évolutive et développementale. Une équipe de chercheurs finlandais dirigée par Irma E Järvelä vient de s’intéresser à leur socle génétique. 15 familles (234 individus) ont d’abord été sélectionnées sur la base de scores obtenus à trois tests (test Karma, mis au point en Finlande, sous-test d’aptitude tonale et rythmique du test international de Seashore). L’héritabilité combinée aux trois tests s’établit à 48 %. L’analyse de variance d’un millier de marqueurs a indiqué deux liens sur les chromosomes 4 et 8, et un troisième dans une région déjà connue pour son association avec la dyslexie. Il est probable que les gènes impliqués dans les différences innées d’aptitude musicale concernent le contrôle de l’expansion et de la migration neurales au cours du développement du système nerveux central.
(Source : Journal of Medical Genetics)
16.5.08
Texto, chat et illettrisme : une crainte infondée
Les messages (texto / SMS sur mobiles, chat sur Internet) instantanés rendent-ils nos enfants illettrés, incapables de communiquer ? C’est une crainte que l’on entend souvent formulée, mais qui est difficile à vérifier. Deux chercheurs canadiens (Sali Tagliamonte et Derek Denis) viennent de proposer la première étude expérimentale du phénomène. Ils ont suivi 72 individus âgés de 15 à 20 ans, et analysé 1 million de mots produits en messages instantanés comparés à un quart de million exprimés lors de communication parlée. Il en ressort que ces jeunes gens sont en réalité assez conservateurs du point de vue de la syntaxe comme du vocabulaire. Les célèbres abréviations comme LOL (laugh out loud, mort de rire) ou OMG (oh my god, oh mon dieu) n’occupent que 2,4% des messages instantanés. Et les raccourcis phonétiques (comme u pour you) ne représentent que 10% des occurrences. Le fait que les messages instantanés soient écrits plutôt qu’oraux semble en réalité obliger les adolescents à une certaine formalisation de leur communication, par rapport au langage oral.
Motivation et pouvoir
Les fonctions exécutives nous aident à poursuivre nos buts dans des situations où nous sommes potentiellement distraits. Une équipe de psychologues vient de faire passer des tests à des volontaires, où ces fonctions exécutives étaient mobilisées dans des tâches cognitives classiques. Mais ils ont préalablement séparé les individus en deux groupes, situés en haut et en bas d’une hiérarchie. Les personnes ayant le moins de pouvoir sont aussi celles qui ont montré la plus grande facilité à être déconcentrées dans l’exécution de leur tâche. La hiérarchie apparaît donc comme un facteur de motivation ou de motivation selon la place que l’on y occupe.
Alzheimer : un nouveau gène découvert
Une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Shirley E. Poduslo s’est penchée sur deux familles dont les membres étaient particulièrement touchés par la maladie d’Alzheimer dans sa forme tardive (la plus classique) : 5 malades sur 15 individus dans le premier cas, 6 sur 14 dans le second. L’analyse de leurs génomes a montré une variante sur le gène TRPC4AP, encore peu connu et qui semble impliqué dans la régulation du calcium. Ces familles mènent un style de vie plutôt sain, aussi les chercheurs espèrent-ils mieux comprendre les dimensions biologiques plutôt qu’environnementales de l’Alzheimer.
9.5.08
La symétrie et les secrets de nos désirs
Pourquoi trouvons-nous un visage attractif, un autre non ? La sélection sexuelle est un outil puissant de l’évolution des espèces, assez puissant pour produire des traits aussi « aberrants » que l’immense queue des paons ou l’imposant bois des cerfs. Il n’y a pas de raison que les primates, dont l’homme, échappent à ce mécanisme. Les préférences humaines en matière sexuelle (attractivité, désirabilité), lorsqu’elles sont transculturelles et répandues dans les populations, suggèrent que des mécanismes inconscients sont à l’œuvre dans nos valorisations et que les traits valorisés le sont en raison d’avantages adaptatifs au cours de l’évolution. Avantages pouvant bien sûr être décalés – c’est-à-dire que le trait était peut-être avantageux dans l’environnement d’une petite tribu pré-hominienne de la savane africaine, mais ne l’est plus aujourd’hui.
Deux traits ont été abondamment étudiés, la symétrie faciale et le dimorphisme sexuel. Ce dernier renvoie au fait que les visages des individus sont jugés plus ou moins masculins et féminins selon divers indices comme la taille et le rapprochement des yeux, la structure de la mâchoire ou l’écartement et la saillance des pommettes.
Anthony Little et ses collègues ont voulu savoir si ces deux traits sont associés l’un à l’autre, ou s’ils sont au contraire le fait de valorisation disjointe et arbitraire. Ils ont pris des photos de sujets européens (177 hommes, 318 femmes), africains (ethnie Hadza, 67 hommes, 69 femmes) ainsi que des photos de macaques (105 mâles, 111 femelles). Les chercheurs ont réalisé des images composites à partir des faces de chaque sexe les plus et les moins symétriques (symétrie mesurée par la disposition de 6 points du visage par rapport à une ligne médiane), ainsi que d’autres images composites au hasard, sans préselection. Et deux groupes de sujets (européens et africains) devaient donner leur avis sur ces photos, en estimant si les visages étaient attractifs, mais aussi plus ou moins masculins / féminins.
Résultat : les images composites symétriques sont celles qui accentuent le plus le dimorphisme sexuel (mesuré par quatre indices normalisés), c’est-à-dire que les visages symétriques féminins et les visages symétriques masculins sont ceux qui obtiennent aussi un meilleur score aux indices morphométriques de dimorphisme. Cette mesure objective est confirmée par la perception subjective des humains, qui considèrent eux aussi les faces comme plus ou moins masculines/féminines, non seulement pour leur ethnie et pour une autre ethnie, mais aussi bien pour une autre espèce de primate.
Ce travail suggère donc que la symétrie et le dimorphisme du visage sont sans doute associés au cours du développement par un facteur commun de variation. Et que ces deux traits sont des signaux indiquant une qualité de leur porteur, qualité ayant fini par orienter les préférences sexuelles en sa faveur au cours de l’évolution des primates.
(Source : PloS ONE)
Excès de poids : faut-il maudire la ghreline ?
On sait que l’excès de poids est une épidémie galopante dans les sociétés industrialisées, qui cumulent une nourriture abondante et une sédentarité accrue. Comme la surcharge pondérale et l’obésité sont associées à des maladies chroniques ou aiguës (diabète, problèmes circulatoires et cardiovasculaires, cancers), les chercheurs redoublent d’effort pour comprendre les mécanismes impliqués dans le comportement alimentaire.
La ghreline est une hormone sécrétée dans l’estomac, le pancréas et l’hypothalamus qui stimule l’appétit : elle augmente avant le repas et diminue après. Les chercheurs ont voulu savoir ce qui se passe dans le cerveau de volontaires ayant reçu un surdosage de ghreline et regardant des images de nourriture (par opposition au groupe-témoin à qui un placebo était administré). Les patients ont donc vu leur esprit observé en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. A la grande surprise des chercheurs, les sujets ayant reçu une perfusion de ghreline ont connu une signature cérébrale très différente : l’hypothalamus, mais aussi l’amygdale, le striatum, l’insula, le cortex visuel et le cortex orbitofrontal ont modifié leur activité face à une image de nourriture. Non seulement la ghreline nous donne faim, mais il semble qu’elle influence nos circuits d’attention, de mémoire et de recherche de récompense. Ce dernier suggère un processus proche de l’addiction : la nourriture devient plus désirable et elle est recherchée comme une drogue, la dose étant représentée par le repas. Mais chez des individus très sensibles, par exemple à cause d’une surproduction naturelle de ghreline, il faut des repas plus abondants ou plus fréquents (grignotages) pour atteindre le même niveau de plaisir et de satisfaction.
(Source : Science)
7.5.08
Jeux vidéos, violence et équilibre émotionnel
Dans un entretien au journal 20 Minutes, le psychiatre Lawrence Kutner évoque le rapport aux jeux vidéos de 1300 adolescents qu’il a suivis dans le cadre d’une étude avec sa collègue, Cheryl K. Olson. Contrairement à certaines idées reçues, il semble que les jeux vidéos violents ne provoquent pas de hausse de la violence chez ceux qui s’y adonnent. En fait, selon Kutner, c’est même l’inverse :
« Dans notre étude, seuls 6% des garçons et 18% des filles ne jouaient pas ou peu aux jeux vidéo. Les garçons (pas les filles) qui jouent rarement ou pas sont plus enclins à être impliqués dans des bagarres ou d'avoir des problèmes à l'école. Ne pas jouer aux jeux vidéo peut être un «indice» de problèmes relationnels. Cela veut dire que si votre fils ado ne joue pas du tout aux jeux vidéo, en tant que parent, vous devriez vous demander s'il a les compétences nécessaires pour tisser des liens d'amitié, s'il n'est pas maltraité ou qu'il subit des relations pas équilibrées. Il faut bien préciser que nous nous ne disons pas que les jeux vidéo causent le problème ou que forcer son enfant à jouer permettrait de prévenir celui-ci. Nous disons juste que pour les garçons, ce n'est pas inhabituel de jouer aux jeux vidéo dans la culture actuelle. C'est peut-être le contraire qui est un reflet de problèmes plus importants. »
(Source : 20 Minutes)
QI et allaitement
Le fait d’être nourri au sein vous donne-t-il un avantage cognitif dans l’existence ? C’est ce que suggère une nouvelle étude consacrée à ce sujet déjà très débattu en psychométrie et psychologie du développement.
Les chercheurs ont travaillé en association avec des maternités biélorusses qui ont proposé ou non aux futures mères un programme d’incitation à l’allaitement, dans le cadre d’une initiative de l’OMS et de l’Unicef. 17 046 enfants ont été concernés, dont 13 889 ont été suivis jusqu’à l’âge de 6 ans et demi.
Résultat : les enfants du groupe expérimental (mères ayant suivi le programme d’incitation à l’allaitement) ont un gain global de 5,9 points de QI par rapport au groupe témoin, le QI verbal montrant des gains supérieurs (7,9) au QI de performance non-verbale (2,9). Les notes des professeurs en lecture et écriture étaient également supérieures.
L’intérêt de cette étude est double : d’une part, l’échantillon est l’un des plus importants jamais utilisés par analyser les liens entre allaitement et intelligence de l’enfant ; d’autre part, le choix de constitution des groupes se rapproche d’une randomisation, et limite certains biais. Cela suggère qu’il existe un lien causal réel entre l’allaitement et l’amélioration des capacités cognitives, et non une simple corrélation (due par exemple à l’intelligence de la mère).
Il faut cependant noter que le lien est complexe. Une autre étude parue voici peu (Caspi 2007), et concernant cette fois 3000 enfants anglais et néo-zélandais, a montré que le gain de QI des enfants dépend aussi de leur constitution génétique : selon leur version du gène FADS2, les bébés allaités connaissent ou ne connaissent pas de gain de QI. Ce gène est impliqué dans la conversion des acides gras de l’alimentation en acide arachidonique (AA) et en acide docosahexaènoïque (DHA) qui tendent à s’accumuler dans le cerveau lors des premiers mois de l’existence, et dont on pense qu’ils favorisent la croissance et la connexion des neurones.
(Sources : Archives of General Psychiatry, PNAS).
5.5.08
Angoisse du lundi
Avez-vous passé une bonne nuit hier ? Selon le bureau d'étude Monster, 52% des salariés français souffrent de troubles du sommeil dans la nuit du dimanche au lundi. La raison en est le stress ressenti au travail, et donc l'anticipation de ce stress. Comme la nuit dernière correspondait aussi à une fin de week-end prolongé et une fin de vacances dans certaines zones, on peut supposer qu'elle fut très mauvaise !
Cette angoisse du lundi est présente dans toutes les sociétés industrielles. Aux Etats-Unis et en Angleterre, 70% des salariés redoutent la nuit du dimanche. Les Danois et les Norvégiens sont les plus détendus avec 31% de salariés anxieux du lundi. La moyenne mondiale serait de 61%.
30.4.08
Anorexie : c’est aussi une addiction
L’anorexie est principalement la manifestation d’un refus exercé de s’alimenter. L’individu a faim mais, en dépit de ce besoin énergétique, il se prive de nourriture. Le sujet anorexique en éprouve parfois même une sorte de « plaisir ». Valérie Compan, professeur de l’Université de Nîmes, explore les mécanismes cérébraux sous-tendant ce comportement pathologique avec son groupe au sein du département de neurobiologie de l’Institut de Génomique Fonctionnelle de Montpellier. Elle a récemment découvert des similitudes avec la suppression d’appétit induite par une drogue illicite, l’ecstasie (amphétamine).
« Nous avons montré qu’une souris ayant été privée de nourriture, mais à laquelle on a fait absorber de l’ecstasie, continue de se priver de nourriture alors même qu’on l’autorise à nouveau à s’alimenter », explique Valérie Compan. Ces événements impliquent le noyau Accumbens, l’une des principales structures cérébrales du plaisir et de la récompense. Cette région du cerveau exprime une forte concentration d’un récepteur dit 5-HT4, récepteur de la sérotonine.
La stimulation du récepteur 5-HT4, chez l’animal préalablement privé de nourriture, restreint sa consommation d’aliments et augmente la production d’un peptide connu pour être produit en réponse à l’abus de drogues anorexigènes telle que la cocaïne et l’amphétamine. Au contraire, la réduction du récepteur 5-HT4 dans le cerveau de la souris augmente sa consommation d’aliments. Une souris privée du récepteur 5-HT4 présente une moindre sensibilité à l’effet « coupe faim » de l’ecstasie. Ce récepteur pourrait donc constituer une bonne cible thérapeutique dans le traitement
de l’anorexie.
(Source : CNRS)
29.4.08
Quand nos émotions sont inconscientes
Beaucoup de nos émotions ont des causes tout à fait conscientes, comme la rencontre d’un être cher, le spectacle d’un accident ou la vision d’une grosse araignée. Mais il semble que notre cerveau éprouve des émotions alors même que nous ne sommes pas conscients de leurs causes. Kirtsen Ruys et Dierdrick Stapel ont réuni des volontaires répartis en trois groupes. Ceux-ci voyaient des images en forme de flash lumineux sur écran, et devaient dire si le flash apparaissait à gauche ou à droite. Ce qu’ils ignoraient : ces flash étaient des images subliminales, représentant soit des chiens menaçants, soit des toilettes sales, soit des images neutres. Mais elles passaient bien sûr trop vite pour accéder à la conscience.
Chaque groupe devait remplir des questionnaires sur son état d’esprit, des tests cognitifs d’association de mots, puis choisir une expérience suivante (test de nourriture ou test de film d’horreur). Résultat : le cerveau a bel et bien enregistré les scènes subliminales et l’état d’esprit en a été modifié. Ainsi, ceux qui avaient vu sans en être conscients des images de chiens menaçants ont indiqué au questionnaire d’état d’esprit une sensation négative (image à 40 ms) ou une sensation plus précise d’anxiété (image à 120 ms), ils ont obtenu de meilleurs scores que les autres aux associations de mots relatives à la peur, ils ont plutôt préféré le test nourriture au test film d’horreur. Et inversement concernant le dégoût, pour les volontaires soumis à des images subliminales répugnantes.
Ainsi, il se pourrait bien que les « mauvais feeling » que nous ressentons parfois aient pour origine des réactions inconscientes de notre cerveau à divers indices négatifs de l’environnement.
(Source : Psychological Science)
28.4.08
Alzheimer et mode de vie
La maladie d’Alzheimer est une pathologie complexe et multifactorielle, dont on ne connaît pas précisément tous les facteurs d’apparition. Pourquoi certains sont-ils épargnées et d’autres frappés ? Lors de la réunion annuelle de l'Académie américaine de neurologie à Chicago, des chercheurs ont suggéré que l'Alzheimer pourrait être une conséquence du mode de vie. Ainsi, les buveurs réguliers (au moins trois verres par jour), et les gros fumeurs (plus d'un paquet de cigarettes par jour) souffrent de la maladie d’Alzheimer en moyenne respectivement 4,8 ans et 2,3 ans plus tôt que les non-buveurs et que les non-fumeurs. De même, les personnes qui ont eu une hypercholestérolémie à partir de leur quarantième année présentent un risque accru de 50% de développer Alzheimer. Les obèses ont 3,6 fois plus de risque de souffrir de cette pathologie, et la ceinture de graisse abdominale semble particulièrement prédictive du risque.
27.4.08
Autisme : les bienfaits de l’intégration sensorielle
Les enfants autistes souffrent d’une difficulté de communication interpersonnelle, mais aussi de problèmes d’intégration sensorielle : le cerveau peine à traiter normalement les informations venant en permanence des sens. Certains enfants sont ainsi hypersensibles aux sons ou aux contacts. La traduction comportementale peut être des gestes moteurs incohérents et répétitifs (maniérisme), des réflexes de fuite ou de prostration, des cris. Un nouveau travail présenté par Beth Pfeiffer et Moya Kinnealey au congrès américain de l’Occupational Therapy Association vient de montrer les bienfaits de la thérapie d’intégration sensorielle dans le traitement de l’autisme. Dans cette thérapie, l’enfant est progressivement habitué à gérer des situations fondées sur les sens, après que l’on ait identifié les contextes les plus stressants pour lui. Un enfant hypersensible au toucher va par exemple être mis tout doucement en contact de textures nouvelles. Les parents comme les praticiens constatent des progrès réels dans le comportement des autistes lorsqu’ils bénéficient de cette approche en plus des séances de thérapie motrice ou d’orthophonie.
25.4.08
Neuropeptide Y : inégaux face au stress et à l’anxiété
Le neuropeptide Y est une molécule notamment produite dans notre système limbique, cette partie du cerveau qui gère nos émotions. Il possède un effet calmant (anxiolytique) et se trouve normalement exprimé en plus grande quantité lors des périodes de stress de notre organisme. Mais nous ne sommes pas égaux en ce domaine : des chercheurs viennent de montrer que variations génétiques conditionnent l’expression du neuropeptide Y, ce qui a un effet direct sur notre anxiété. Une simple variation d’une paire de base dans le gène concerné produirait à elle seule la moitié des différences observées entre les individus. Les chercheurs vont essayer de comprendre les mécanismes impliqués chez les individus porteurs de cette mutation, pour éventuellement trouver un moyen de les corriger. Car le stress est un facteur de risque supplémentaire dans un grand nombre de maladies.
(Source : Nature)
Cerveau, statut, hiérarchie
Toutes les sociétés humaines connaissent des hiérarchies. Celles-ci ne sont pas indifférentes à la santé, puisque l’on a montré que le stress associé à un rang social inférieur augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de troubles anxieux ou de dépression. Deux travaux viennent d’étudier comment les notions de hiérarchie et de statut sont implémentées dans notre cerveau.
Dans le premier d’entre eux, Caroline Zink et ses collègues ont fait participer 72 sujets à un jeu interactif d’argent simulant des conditions de hiérarchie sociale. Les sujets pensaient que leur rang était déterminé par leurs résultats au jeu, alors qu’il était fixé à l’avance par les expérimentateurs (et que les autres joueurs de chaque tournoi étaient fictifs, chaque sujet jouait en fait individuellement contre des automates). Les participants passaient une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), pendant qu’on leur montrait des images ou des scores de joueurs inférieurs ou supérieurs supposés être dans les pièces attenantes et jouer en même temps qu’eux.
Le résultat montre plusieurs choses : les circuits cérébraux du striatum ventral, qui signalent à l’attention des événements importants, se trouvent aussi bien activés par les gains ou pertes de rang que par celles d’argent ; le cortex préfontal médian, lié à la cognition sociale et aux jugements interpersonnels, montre une activité proportionnée à l’instabilité du joueur dans la hiérarchie ; battre un joueur supérieur active les zones liées à la planification de l’action alors qu’être battu par des joueurs inférieurs réveille les circuits émotionnels de douleur et de frustration ; plus les personnes montrent une activité émotive positive forte quand elles accèdent au rang supérieur, plus ils tombent dans une activité émotive négative à mesure qu’elles se dirigent vers le bas du classement.
Dans la seconde étude, Keize Izuma et ses collègues ont plus simplement testé les circuits de recherche de récompense de nos cerveaux, déjà très étudiés dans les processus de prise de décision ou d’addiction. Le jeu auquel ils sont soumis les participants (19), eux aussi observés en IRMf, se traduisait soit par des gains en argent, soit par des gains en réputation et en statut. Les circuits du striatum associés à la satisfaction ou l’insatisfaction dans la recherche de récompense ont été activés de la même manière quelle que soit la nature du gain. Ce qui suggère une « unité neurale commune » pour le statut par l’argent ou la réputation.
(Source : Neuron)
24.4.08
Fumée et dépression
Selon une enquête canadienne, les fumeurs ont un risque accru (+41%) de devenir dépressifs par rapport aux non-fumeurs. L’étude a été menée sur des personnes diplômées de l’université dont l’âge moyen était de 42 ans. Elle ne précise cependant pas la nature exacte du lien entre l’addiction à la cigarette et la baisse du tonus : l’une et l’autre proviennent-elles d’une cause commune, génétique ou environnementale ? Ou bien l’une provoque-t-elle l’apparition de l’autre ? Le même travail montre que les fumeurs ayant abandonné la cigarette depuis au moins dix ans ont un risque plus faible de développer une dépression, y compris par rapport à la population n’ayant jamais fumé. Cette information devrait motiver ceux qui veulent en finir avec le tabac mais craignent des effets négatifs sur leur humeur.
(Source : Université de Navarra, Canada)